Algérie, le spectre d’une nouvelle vacance du pouvoir et un Hirak embourbé

Dernière mise à jour : 29 nov. 2020

Ancien Premier ministre, il avait succédé à un président diminué par la maladie depuis des années, le voilà à son tour hospitalisé depuis plus d’un mois : le président Abdelmadjid Tebboune, atteint par le covid, a été transféré le 28 octobre dans un hôpital Allemand un mois après son hospitalisation en Algérie, et très peu de nouvelles filtrent sur son état de santé. Le dirigeant de 75 ans avait été élu président le 19 décembre 2019 après que le mouvement du Hirak - mouvement démocratique Algérien apparu en février 2019 et luttant contre la corruption, les pratique anti-démocratiques et la politique du gouvernement Algérien - ait poussé hors du pouvoir Abdelaziz Bouteflika élu depuis 1999. Cette longue hospitalisation, sur fond de crise et de défiance du pouvoir, place l’Algérie dans une situation compliquée.


Des manifestants du Hirak


Tout a commencé pas un mouvement populaire massif qui est parvenu à faire tomber un pouvoir solidement établi et dans lequel l’armée était impliqué. Par ses manifestations hebdomadaires, le Hirak a fédéré le peuple algérien face à la volonté du président Bouteflika de concourir une nouvelle fois à sa réélection. Après deux mois de manifestations, les Algériens obtiennent gain de cause avec la démission du président, puis s’enclenche une transition qui s’achève en décembre avec l’élection présidentielle. Elle est cependant boycottée et le président est élu dans un contexte d’abstention massive (près de 60%), rendant sa légitimé toute relative. La situation politique était donc loin d’être apaisée avant l’annonce de cette hospitalisation, et le pouvoir venait même d’essuyer un nouveau camouflet avec le référendum constitutionnel du 1er novembre qui devait permettre d’affirmer le nouveau pouvoir et a été lui aussi dédaigné par une grande patrie des Algériens. Après plus d’un an donc, le changement appelé par le Hirak est encore loin d’être arrivé, et une contestation larvée continue d’animer la vie politique du pays. Mais la crise a laquelle l’Algérie est confrontée est encore plus profonde. Il y a d’une part la baisse importante cette année du prix du pétrole, ressource de laquelle dépendent 60% des revenus de la république rentière, à laquelle s’ajoute la pandémie qui non seulement met l’économie un peu plus à l’épreuve, mais représente une menace pour les hôpitaux. Car si la première vague avait été relativement clémente, la seconde est plus violente et augmente d’autant plus les difficultés du pays.

Dans ce contexte, l’absence du président, véritable clé de voute du régime, et le mystère qui l’entoure, ne sont pas de très bonne augure. Les raisons de la contestation sont toujours présentes, ravivées notamment par la répression que subissent les personnalités du Hirak à l’image de Khaled Drareni, directeur de l’information du site Casbah Tribune, correspondant de TV5 Monde et Reporters sans frontières qui a été condamné à une peine de trois ans et est emprisonné depuis le 29 mars. Pour autant, le mouvement contestaire peine à imposer à nouveau sa volonté et à réunir les foules dans les rues. Jusqu’à quel point la situation se dégradera-t-elle encore ? Le pouvoir Algérien risque-t-il d’être durablement affecté par les problèmes de santé du président Tebboune ? Si la situation n’est pas explosive, l’impasse dans laquelle semble être embarquée l’Algérie ne peut que suggérer que la crise, ouverte l’an dernier et multiforme, par la force des choses, est loin encore de toucher à sa fin.


Benjamin Milkoff

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