Restaurateurs : avec le COVID, tout le monde loge à la même enseigne, ou presque

Dernière mise à jour : 1 juin


Samedi 16 janvier était annoncé la généralisation du couvre-feu à 18 heures à l’ensemble du territoire et le report de la réouverture des restaurants, prévue le 20, à une date indéterminée. Nous avons contacté deux restaurateurs pour comprendre les conséquence du COVID sur leur activité.

Un restaurant fermé dans Paris


Dans la restauration, l’humeur est à la résignation. Nos deux gérants nous ont accueilli dans leur salle vide, au milieu des chaises empilées et des tables nues. Amine dans son restaurant de kebab à deux pas de la gare RER de Neuilly Plaisance en proche banlieue ; Michel (ce prénom a été modifié) dans sa brasserie d’angle du 7e arrondissement de Paris, près du Champ de Mars. Tout semble opposer ces restaurateurs : l’environnement, le modèle économique, la clientèle… Le COVID n’a cure de ces distinctions. Tous deux ont observé leurs confrères plier boutique les uns après les autres. « Nous on a de la chance, on est en banlieue à côté de la gare, les gens rentrent du travail et prennent à manger en passant », analyse Amine, qui explique que la situation est pire à Paris, qui devient le soir une « ville fantôme ». « Dans la rue, de bout en bout, six boutiques ont fermé » abonde Michel. Le confinement en mars dernier a marqué un premier arrêt brutal. « Ça a été un choc pour nous » confie Michel, « on a appris qu’on devait fermer à 20h pour minuit le soir même, personne, personne n’était préparé. Nos frigos étaient pleins ». « On n’avait aucun revenu », se souvient Amine.

Certes, ils ont perçu des aides de l’État. Mais tous deux sont d’accord pour souligner leur insuffisance : « je n’ai reçu en tout que deux fois 10 000 € », déplore Michel.

Si Amine a pu rouvrir rapidement à partir du 2 juin, il a fallu plus de temps à Michel « pour redémarrer la machine », attendre les prestataires de service, réaliser une « formation covid ». De plus, il a été contraint de fermer trois semaines en août, « une première depuis des années », faute de clients, entre les touristes absents et les habitants de ce quartier « plutôt bourgeois », nombreux à quitter la capitale cet été. Depuis le 1er janvier 2020, Michel ne s’est pas « rémunéré d’un euro ». Amine lui, explique que son chiffre d’affaire commençait à peine à « repartir faiblement, et une semaine plus tard c’était le couvre-feu (à 21h, en vigueur du 17 au 29 octobre). J’ai dû renoncer à exploiter ma salle et la terrasse, ce qui m’a fait perdre jusqu’à 70% de ma clientèle les soirs de match de foot », explique-t-il.

Depuis l’été 2020, un second confinement et les différents couvre-feux à 21h, 20h et désormais 18h, ont continué de hacher l’activité d’un secteur sinistré. Aujourd’hui, nos deux restaurateurs sont limités à la vente à emporter, et bien qu’ils vendent à perte, tous deux restent ouverts. Pour Amine, il s’agit de « tenir le coup ». « On ne travaille pas pour le bénéfice, on se paye juste assez pour vivre ». Michel lui a fait le choix de relancer son activité afin d’entretenir le lien social : « c’est important pour le quartier ». Tous deux sont pessimistes quant aux prochains mois et n’attendent pas de sitôt un retour à la normale. « Moi tout ce que j’attends c’est qu’il n’y ait plus de covid, plus de masques, plus de couvre-feu, qu’on revienne comme avant, même mieux », conclut Amine, souriant.

Benjamin Milkoff

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