COVID 19 : quand test rime avec business

Dernière mise à jour : 23 févr.



Depuis le premier confinement, les tests sont au coeur de la stratégie sanitaire française incarnée par le triptyque « Tester, alerter, protéger ». Et c’est en grande partie aux pharmacies qu’incombe cette mission pour laquelle elles ne sont pas équipées. Une aubaine pour certaines entreprises dont le modèle est simple et efficace. Elles enrôlent des étudiants en médecine, leur demandent de prendre le statut d’auto-entrepreneur et les envoient réaliser des tests antigéniques auprès d’officines partenaires. Et si ce système marche, c’est qu’il profite - plus ou moins - à tous.




Un barnum, cette tente qui s'est imposée dans le paysage urbain, devant une pharmacie parisienne

Noa (ce prénom a été modifié) est une de ces testeuses. Elle travaille depuis février 2021 pour une entreprise qui revendique à son actif 300 000 tests et 1800 préleveurs. Selon elle, le calcul est vite fait : « à raison de 5€ par test, voire plus en période creuse, on peut gagner 500€ en testant 100 patients, moins les charges. C’est plus que n’importe quel autre job étudiant ».

Mais c’est l’entreprise qui réalise le plus grand profit. « Sur les 35€ que coûte un test antigénique, 5€ reviennent au testeur, 10€ à la pharmacie, et les 20€ restants vont à l’entreprise », explique Noa. De plus, en recourant à des freelances, elle fait l’économie des charges. Et pour attirer le plus d’étudiants possibles, non seulement ces industries démarchent dans les universités, mais elles ont aussi investi dans des publicités ciblées sur les réseaux sociaux. À l’occasion, les testeurs deviennent même des démarcheurs : « au début, on nous demandait d’inciter les passants à se tester. Ça marchait car ils n’avaient jamais fait ça » se souvient Noa.

Des conditions loin d’être idéales

Malgré les avantages, « les journées sont épuisantes », confesse Noa, « on travaille jusqu’à 10h de suite, sans pause déjeuner». La formation, obligatoire, se limite à « sonder deux narines devant un médecin ». Et s’ils ont bien consigne de tester les deux narines, personne ne contrôle les étudiants. Ils sont livrés à eux mêmes, seuls sous leur tente, et rien n’est fait pour assurer leur sécurité. Pourtant, les patients peuvent s’avérer menaçants. « Les incidents sont fréquents », acquiesce Noa, qui a failli être agressée par un homme qui s’en était déjà pris à d’autres testeuses. « J’ai vraiment eu peur », confie-t-elle, « heureusement, des policiers le surveillaient et l’ont arrêté ».

Pour les pharmaciens, un soulagement teinté de défiance


Selon Béatrice Clairaz, co-présidente de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine dans les Hauts de Seine, cette organisation est nécessaire : « tester, ce n’est pas notre métier, cela demande toute une logistique et cela prend du temps ». Mais hors de question de faire appel à des tiers « en qui on n’a pas totalement confiance », assure-t-elle. Malgré ces réserves, force est de constater que le business des tests antigéniques prospère. Reste à savoir s’il résistera au reflux du COVID.



0 commentaire