Crise institutionnelle en Italie

Mardi, Giuseppe Conte, président du conseil Italien, a démissionné précipitant la chute de son gouvernement. Dès lors, le président de la république Italienne Sergio Matarella a enclenché une série de consultations avec l’ensemble des groupes parlementaires pour former un nouveau gouvernement. Si ces tractations devaient échouer, le pays s’acheminerait vers des élections anticipées. Vendredi, M. Matarella a confié au président de la chambre des députés Roberto Fico un « mandat exploratoire » lui donnant jusqu’à mardi prochain pour tenter de former un gouvernement reconduisant peu ou prou le précédent. Retour sur cette crise de pouvoir qui fragilise la péninsule Italienne ces derniers jours.




Giuseppe Conte, président du conseil démissionnaire


L’ultimatum de Matteo Renzi

Aux sources de cette vacance de pouvoir, il y a l’ancien président du conseil Matteo Renzi, ex-secrétaire général du Parti Démocrate Italien. Il est désormais à la tête d’une formation qu’il a crée en 2019 : Italia Viva, avec laquelle il participait au gouvernement « Conte 2 ». Cette collaboration a cessé le 13 janvier à la surprise générale, quand il a décidé de mettre à exécution sa menace de quitter la coalition gouvernementale faute de concessions. Il reprochait en effet au président du conseil qui gouverne principalement par décrets ces derniers mois, de chercher à s’arroger les pleins pouvoirs et d’avoir concocté un mauvais plan de relance. Si la rupture entre les deux hommes se faisait dernièrement de plus en plus visible, nul ne s’attendait à ce que M. Renzi n’affaiblisse un pouvoir déjà fragile en lui retirant 3 membres de gouvernement. Cette mise en retrait a d’abord entrainé une première épreuve pour le gouvernement le 19 janvier : un vote de confiance au Sénat dont l’issue serait soit la constitution d’une nouvelle majorité, soit la démission du gouvernement. C’est finalement la première option qui s’est imposée au termes de 13 heures de débats, grâce notamment à l’abstention des 18 élus d’Italia Viva. Cependant, le gouvernement est ressorti de ce vote encore plus affaibli car désormais sous la barre de la majorité absolue, condamné à devoir négocier avec l’opposition pour chaque futur vote. C’est cette fragilité qui a poussé M. Conte, quelques jours avant une nouvelle épreuve constituée par deux votes à risque, à précipiter la chute de son gouvernement dans l’espoir de revenir à la tête d’un nouvel exécutif plus solide. Mais son pari, autant que celui de M. Renzi qui voulait peser sur le jeu politique malgré sa faible assise populaire, est loin d’être gagné.

La droite en embuscade

Car au-delà de ces jeux d’alliance et d’influence, si aucune majorité ne parvient à se dessiner, des élections anticipées seraient inévitables. Or les sondages prévoient dans ce cas de figure une victoire de la droite et notamment du parti de la Ligue, exclu du pouvoir en 2019 après que son leader Matteo Salvini, alors vice-président du conseil, ait exigé des élections anticipées, déjà, qui lui auraient été favorables. Le renfort du PD de Matteo Renzi avait alors permis à Giuseppe Conte de démissionner et reformer un gouvernement assis sur l’alliance entre le M5S (mouvement 5 étoiles, qui l’a propulsé à la tête du pays) et le PD, opérant au passage un recentrage politique autour de valeurs pro-européennes et progressistes. Mais malgré sa sortie du jeu politique, la Ligue conserve un certain succès qui lui assure en cas de suffrage un retour aux affaires. Cette menace agitée par M. Conte notamment à l’occasion du vote de confiance de la semaine dernière lui a jusqu’ici permis de justifier son rôle et la nécessité de le soutenir, mais le risque est que son pouvoir de persuasion ne s’essouffle, rendant la formation d’un consensus de plus en plus compliquée. Ces derniers jours, c’est le parti Forza Italia, de Silvio Berlusconi, qui est pressenti pour apporter un nouveau soutien salvateur.

Les Italiens, grands perdants

Pour certains, cette crise est inexplicable. Alors que le pays compte plus de 87 000 morts dues au COVID, elle apparait inopportune et non nécessaire. Cela fait plus de quinze jours que l’exécutif est balloté, une semaine qu’il est paralysé, alors que les variants du COVID se répandent en Europe et dans le monde. Et le voyage de M. Renzi à Riyad cette semaine, dans le cadre d’une fondation à travers laquelle il entretient des liens avec le prince héritier Mohammed ben Salame, n’a pas plaidé en la faveur du tombeur du gouvernement, en témoignent les commentaires de la presse nationale sur les violations des droits de l’homme imputées à son homologue Saoudien. La prochaine étape de ce feuilleton se déroulera donc mardi au plus tard, au terme de la mission attribuée au président de la chambre des députés. Il sera alors temps de juger de la pertinence de ces manoeuvres politiciennes.


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