Diplomatie : les États-Unis de Joe Biden montent au créneau

Cette semaine les États-Unis ont ouvert une séquence diplomatique active, voire musclée, sur plusieurs fronts. Face à la Russie de Vladimir Poutine d’abord, dont Joe Biden à affirmé mercredi lors d’une interview pour la chaîne ABC qu’il le considérait comme un « tueur ». Une déclaration qui n’a rien des dérapages incontrôlés auxquels Donald Trump a habitué les observateurs ces quatre dernières années. Au contraire, cette saillie a tout d’un message direct - et public - adressé à celui que son prédécesseur avait parfois choyé. Joe Biden a ensuite répété plusieurs fois que son homologue russe « paiera(it) le prix » de ses agissements, en restant vague. Des déclarations qui s’inscrivent dans le contexte de l’affaire Navalny, et d’une récente cyberattaque d’envergure aux États-Unis, attribuée par les services de renseignement américains à des groupes de hackers proches du pouvoir russe. Le ton monte donc entre Washington et Moscou, qui a rappelé dans la foulée son ambassadeur aux États-Unis « pour des consultations ».


Face à face durant la rencontre entre la Chine et les États-Unis à Anchorage, en Alaska



Dès le lendemain s’ouvrait à Anchorage pour deux jours une rencontre inédite entre le secrétaire d’État Anthony Blinken, Jake Sullivan, conseiller à la Sécurité Nationale, et leurs homologues chinois. C’est la première fois depuis l’investiture de Joe Biden qu’une rencontre diplomatique de ce niveau se tient entre les deux plus grandes puissances mondiales. L’occasion pour ces rivaux d’étaler leur opposition par déclarations interposées. Ainsi les américains ont d’abord dénoncé le « génocide » en cours au Xinjiang, les « attaques » de la Chine contre « les valeurs fondamentales » notamment à Hong-Kong, ou encore la destabilisiation de l'équilibre internationale. Les représentants chinois ont rétorqué en accusant la « démocratie américaine » de défaillances internes disqualifiant ses ambitions hégémoniques. Cette passe d’arme s'est déroulé au lendemain d’une tournée des deux représentants américains auprès de leurs alliés japonais et coréens, destinée à réaffirmer leurs liens et faire front commun autour de la Chine. Les États-Unis et les autres puissances régionales cherchent en effet à organiser une alliance pour endiguer les ambitions de cette dernière qui menace de dominer ce qu'on désigne désormais l'Indo-Pacifique - espace géopolitique qui de la Chine à l'Australie, du sous-continent indien au États-Unis, regroupe les puissances du Pacifque et de l'Océan Indien -


Un dernier enjeu de taille a mobilisé la chancellerie américaine cette semaine : le dossier Afghan. De nouvelles négociations se sont ouvertes jeudi a Moscou, en prélude à des pourparlers imposés par les États-Unis et prévus en avril à Istanbul. Cette première rencontre réunissait tous les acteurs, nationaux et internationaux impliqués. Tous… ou presque. Manque en effet un acteur de taille, l’Union Européenne, qui est notamment la principale donatrice du pays. Cette décision forte des États-Unis de l'exclure découle de leur empressement à s’extraire du piège afghan. Un premier accord trouvé en février 2020 prévoyait en effet un retrait de toutes les troupes américaines du sol afghan au premier mai 2021. Une ambition que compte bien statisfaire Joe Biden. Mais les négociations entre les talibans et le gouvernement sont restées au point mort, et le processus continue de patiner à plus d’un mois de l’échéance. Les États-Unis de Joe Biden reviennent donc à la charge ces dernières semaines pour forcer la résolution de cette crise. L’option choisie, la réunion d’un gouvernement provisoire composé de représentants des talibans et de l’état actuel, est pourtant loin de faire l’unanimité, et la possibilité d’une reprise de la guerre civile se fait de plus en plus menaçante. Qu’à cela ne tienne, l’administration a choisi là encore d’adopter un ton agressif, à l’image de la lettre envoyée par Anthony Blinken début mars qui menaçait le président Ashraf Ghani de rapatrier les troupes américains avec ou sans accord, ce qui reviendrait à l’abandonner en rase campagne face à l’offensive talibane attendue pour ce printemps.


À travers ces trois évènements diplomatiques, une tendance émerge : l’affirmation sans ambages des objectifs stratégiques américains à travers des messages décomplexés, parfois peu diplomatiques. Il s’agit aussi de revendiquer une position d’acteur diplomatique majeur en marquant l’opposition à la Chine et la Russie sur le plan de la démocratie et du respect des droits de l’homme. Un moyen somme toute de renouer avec la diplomatie classique américaine, par des méthodes certes peu conventionnelles. Reste à voir si ce ton s'avérera efficace. Il pose aussi la question de la place de l'Union Européenne dans un paysage géostratégiquer en recomposition ces dernières années. Une situation qui alimente un débat ancien en Europe : celui de l'autonomie stratégique. Au-delà des déclarations, ce sont donc des tensions de fond qui se sont manifestées cette semaine.


Benjamin Milkoff

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