La chute de la monarchie Française

Dernière mise à jour : 29 nov. 2020

La Révolution Française est un évènement fondateur de l’identité politique et culturelle du pays. Les débats actuels sur la laïcité et la liberté d’expressions l’ont encore rappelé, et peut-être ont-ils au passage pointé une forme de dissonance cognitive entre ce passé fondateur et notre histoire récente. Mais il est probable qu’on ne connaisse pas si bien qu’on le croit cette période. Si l’on vous demande ce que vous évoque la Révolution Française, la première chose qui vous viendra a l’esprit est certainement la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789. Vous penserez peut-être aussi à des images d’épinal comme le serment du jeu de paumes (20 juin 1789) ou la fuite du roi interrompue à Varennes (21 juin 1791). Mais si l’on vous demandait quand la monarchie Française est tombée, vous seriez bien en peine de répondre. Cet article à pour but de réparer ce point aveugle des imaginaires de la révolution, et de permettre de comprendre ce qui a fait basculer la révolution sur une voie plus radicale que ce qu’on aurait pu imaginer.



(La prise des Tuileries le 10 août 1792, Jean Duplessis-Bertaux)


Les contemporains parlent parfois de cet évènement comme d’une « deuxième révolution ». Le 10 aout 1792, une foule envahit le palais des Tuileries, forçant le roi à se réfugier au sein de l’assemblée nationale, réunie dans la salle attenante du manège. Dans la foulée, les députés jacobins, seuls à siéger en l’absence de leurs opposants, pressés par

les insurgés de déchoir Louis XVI, déclarent sa suspension dans un décret. Ce dernier prévoit notamment la convocation d’une Convention Nationale pour modifier la constitution adoptée moins d’un an plus tôt, le 3 septembre 1791, et qui prévoit un pouvoir royal. En une matinée, l’impensable s’est produit. La premiere révolution pourrait-on dire, a en effet aboutit à la création d’une Assemblée Nationale Constituante, issue des États Généraux, dont le travail s’est achevé avec la promulgation de la constitution du 3 septembre. Cette dernière entre autres refondait la justice et le clergé, qui non sans résistances se soumettait à l’état et sa loi, mais d’un point de vue politique, elle consacrait surtout une monarchie constitutionnelle dont le roi restait un rouage important, notamment à travers son droit de veto suspensif. La majorité de l’Assemblée Nationale Législative élue à l’issue de ce travail constitutionnel, appelée les « feuillants » et siégeant à la droite du président de l’assemblée, avait pour but affiché de mettre fin à la révolution et ses nouveautés. Elle désirait la présence d’un roi puissant et avait réussi à imposer un cens divisant les citoyens entre actifs (les bourgeois assez aisés pour participer à la politique du pays), et inactifs. L’idée de république était encore marginale, et la gauche, encore unie, peinait à faire valoir ses idées plus radicales à l’Assemblée. On était donc loin de l’abolition de la monarchie absolue, et la dimension radicale de la Révolution n’était plus prépondérante.

Cependant, l’épisode de la fuite avortée du roi, ainsi que la déclaration de guerre à l’Autriche et la Prusse en avril 1792 précipitent la situation. La fuite a d’abord profondément fragilisé le roi, maintenu en poste par des feuillants qui ont perdu au passage de leur légitimité face à la volonté populaire de punir le roi. Le fameux épisode de la fusillade du Champs de Mars le 17 juillet 1791 rajoute à la colère du peuple contre ce pouvoir, sensé le représenter, qui le massacre. La guerre moins d’un an plus tard joue aussi un rôle important car très vite l’armée Française, supérieure en nombre mais inférieure en préparation, enchaîne les défaites, au point que l’Assemblée déclare le 11 juillet « la nation en danger ». Dans ce climat de crainte pour l’avenir de la révolution, les masses populaires se mobilisent pour sauver ce régime qui a globalement amélioré leur condition. Quelques 15 000 « fédérés », des volontaires venus de toute la France -dont 500 marseillais qui ont popularisé un certain chant de Rouget de Lisle écrit un peu plus tôt en le chantant à tue-tête-, convergent à Paris à la demande de l’Assemblée Nationale. Le roi en parallèle, qui espère la défaite de la révolution pour reprendre son trône, accroit encore la colère populaire à son encontre par plusieurs décisions contrariant les révolutionnaires. La Fayette, chef des armées dans le nord de la France et figure des feuillants, complote avec l’ennemi et projette de prendre Paris ; sa défense à l’assemblé par les députés feuillants, peu avant qu’il ne prenne la fuite et passe à l’ennemi, achève d’exciter les foules parisiennes et explique l’absence des feuillants à l’assemblée en cette date fatidique du 10 aout.


L’été 1792 voit les « inactifs » s’impliquer de plus en plus politiquement, transformant les assemblées des sections (circonscriptions municipales au nombre de 48) qui leur sont interdites en un lieu de réunion permanent où ils s’organisent. Ils investissent les clubs dont celui des Cordeliers, qui va jouer un rôle central. Bien vite ceux qu’on appelle désormais les « sans-culotte » car ils portent plutôt le pantalon ouvrier que cet habit bourgeois, réclament la déchéance du roi à l’assemblée, bientôt rejoins par les fédérés venus défendre la capitale et la Révolution et qui veulent aussi prendre part à la politique nationale. Face à la temporisation de l’Assemblée, les sans-culottes décident d’une insurrection. Durant la nuit du 9 août, ils s’arment tandis que des représentants des sections et des cordeliers s’emparent de la mairie de paris pour déclarer une « commune insurrectionnelle de Paris » au matin du 10 juillet. La suite va vite. Plusieurs cortèges mêlant gardes nationaux sans-culottes et fédérés convergent sur la place du carrousel, face à plusieurs milliers de gardes nationaux encore favorables au roi -ils changent de camp avant le début des combats- et 1000 gardes suisses, qui en ouvrant le feu sur la foule, déclenchent les hostilités et leur massacre.


Ce seul évènement aboutit donc non seulement à la suspension du roi, mais modifie totalement le pouvoir révolutionnaire. La constitution est rendu caduque, la droite de l’assemblée est évacuée du processus législatif, l’exécutif est exercé en l’absence du roi par un conseil dominé par Danton, et la communes ainsi que les sections, organes représentant les sans-culottes qui viennent de conquérir leur citoyenneté « active », sont reconnues comme un pouvoir légitime qui influence tant Paris que la France. Comme un symbole, l’élection de la Convention Nationale se fera au suffrage universel masculin. Cet événement représente donc plus que la chute de la monarchie : il consacre l’entrée en révolution du peuple de Paris, et la radicalisation de cette dernière qui est désormais dominée par les politiques de gauche. Il nous rappelle que comme tout évènement historique, la Révolution fut un long processus, et que son déroulé n’allait pas de soi. Dorénavant, quand on vous demandera quand la monarchie française est tombée, vous saurez quoi répondre.


Benjamin Milkoff

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