Le Récap' du 03/01

L’année 2020 s’est achevée, une semaine après l’accord de libre échange avec le Royaume Uni post-Brexit, sur la fin d’une autre négociation de longue date pour l’Europe : l’accord global sur les investissements entre la Chine et l’UE. Alors que les négociations avaient débuté en 2013, mercredi, le président Chinois Xi Jinping, Emmanuel Macron, Angela Merkel, Ursula Van Der Leyen, présidente de la Commission Européenne ainsi que Charles Michel, président du Conseil Européen, se sont réunis pour une visioconférence au terme de laquelle a été annoncé un « accord de principe ». Les termes du futur accord sur les investissements étaient connus depuis plusieurs semaines mais le sujet du travail forcé au Xinjiang avait constitué un ultime obstacle dans les discussions, ralentissant leur dénouement. Cet obstacle a finalement été levé par la promesse de la Chine de ratifier les conventions fondamentales de l’Organisation Internationale du Travail, à la demande de plusieurs états dont la France. Cet accord, qui n’entrera pas en vigueur avant la fin 2021, le temps pour les diplomates de la rédiger dans les termes adéquats, le traduire, et le faire ratifier, prévoit principalement deux choses : ouvrir les marchés des deux acteurs et organiser une concurrence plus équitable. Autour du premier principe, la Chine ouvrira son marché à l’Europe sur différents secteurs précis tels l’automobile hybride et électrique, les télécoms ou encore les services financiers, à des degrés variables - aujourd’hui, les investisseurs ont accès au marché chinois mais par exemple ont l’obligation de former une co-entreprise avec une entreprise Chinoise, obligation qui sera désormais pour ces secteurs levée ou allégée - et l’Europe fera de même, notamment dans le secteur des énergies renouvelables dont l’accès à une part de 5% de ce marché à été concédé. Pour ce qui est de la concurrence équitable, les Européens ont obtenu l’interdiction des transferts de technologie dans les secteurs concernés, ainsi qu’une promesse de transparence sur les subventions publiques aux entreprises Chinoises. Un mécanisme de règlement des différends est même prévu, même s’il est léger. Certains Européens ont salué cet accord mercredi, arguant qu’il représentait une étape importante dans la coopération avec la Chine entrainant notamment des engagements sociaux et environnementaux, quand d’autres ont plutôt souligné la faible étendue de l’ouverture négociée et le risque qu’un certain nombre d’engageants pris par Xi Jinping ne restent lettre morte. D’autres déplorent même que cet accord ait été hâté pour devancer l’entrée au pouvoir de Joe Biden, sachant que l’allié Américain ne verrait pas d’un bon oeil ce rapprochement, au risque d’offrir une victoire diplomatique à Xi Jinping avec peu d’évolutions concrètes pour la relation Sino-Européenne. L’avenir permettra de juger de l’intérêt économique de cet accord, mais il est vrai que ce dernier, couplé à l’accord de libre échange signé le 15 novembre avec les pays de l’ASEAN ainsi que le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle Zélande confère à la Chine un nouveau rôle commercial de premier plan dans le multilatéralisme.


Emmanuel Macron lors de la visioconférence avec ses pairs mercredi

Cette semaine a aussi été marquée par la légalisation, dans la nuit du 29 au 30 décembre, de l’Interruption Volontaire de Grossesse en Argentine. Le projet de loi, déposé le 17 novembre dernier par le président de centre gauche Alberto Fernandez conformément à ses promesses de campagne, avait d’abord été validé par l’Assemblée Nationale le 11 décembre et attendait le vote du Sénat pour être définitivement adopté ou abandonné. Cette ultime étape avait déjà été atteinte en 2018, suite à un mouvement massif de femmes favorables à cette légalisation, mais le Sénat avait alors refusé de légaliser l’IVG, dans un pays où seulement 27% de la population est favorable à l’avortement selon le centre national de recherche scientifique et technique. Mardi, le « oui » l’a emporté à 38 voix contre 29, dans un vote moins serré qu’anticipé, en partie du fait de concessions comme la création d’une allocation des « 1000 jours », une aide fournie aux mères durant la grossesse et les premières années suivant l’accouchement pour dissuader l’avortement pour des raisons économiques. L’Argentine rejoint ainsi Cuba, le Guyana et l’Uruguay parmi les pays d’Amérique Latine à avoir légalisé l’IVG, entraînant tant des scènes de liesse dans le camp vert - pro avortement - que l’incompréhension et la tristesse dans le camp bleu opposé, fortement marqué par les valeurs catholiques. Les militants pour l’avortement restent cependant sur le qui-vive car la loi permettra notamment à tous les médecins d’un même établissement de refuser de pratiquer l’avortement au nom de l’objection de conscience, ce qui pourrait compliquer l’accès à l’avortement, en particulier dans les régions catholiques et conservatrices du nord de l’Argentine. Aujourd’hui, une fille de 14 est contrainte d’accoucher toutes les trois heures en Argentine.

L’année 2020 qui s’achève est certes exceptionnelle à bien des égards, mais Météo France a ajouté une nouvelle couche à ce tableau mardi en révélant que cette année à été l’année la plus chaude jamais enregistrée en France avec une température moyenne de 14 degrés, record depuis les premiers relevés en 1900. Le précédent record, de 13,9 degrés, ne date que de 2018. Cette année la France a aussi connu 12 tempêtes et des intempéries extrêmement violentes notamment dans le sud-est depuis l’automne, ayant causé d’importants dommages - comme dans la vallée de la Roya début octobre - et de nombreuses morts. Mais cette chaleur exceptionnelle ne concerne pas que la France : le 2 décembre, l’organisation météorologique mondiale plaçait 2020 parmi les trois années les plus chaudes jamais enregistrées, avec 2016 et 2019. Le réchauffement du climat est donc à la fois un phénomène mondial et en accélération. Une accélération assez vertigineuse : sur les dix années les plus chaudes qu’on connaisse, neuf ont eu lieu au XXIe siècle, et sept pour le seule décennie 2010.


Benjamin Milkoff

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