Le Récap' du 10/01


Des partisans de Donald Trump à l'intérieur du Capitole


Mercredi soir, les images du Capitole à Washington pris d’assaut en direct par une foule de partisans de Trump et de membres de divers groupes d’extrême droite tels les « Proud Boys » ont attiré les regards du monde entier. Le Congrès venait d’ouvrir une séance qui avait pour but de certifier l’élection de Joe Biden, alors que les démocrates avaient gagné le jour même les deux sièges de sénateur ardemment convoités en Géorgie, puisqu’ils pouvaient faire basculer la majorité au Sénat - avec ces deux sièges, les démocrates passent à 50 sénateurs pour autant de républicains, c’est donc Kamala Harris, vice-présidente élue qui tranchera par son vote en cas d’égalité. En amont, le président sortant à tenu non loin un meeting où il a de nouveau accusé les démocrates d’avoir volé le scrutin, et a même appelé ses partisans à marcher sur le Capitole. Ce dernier, protégé par un dispositif de sécurité mince, n’a pas résisté longtemps à la pression de la foule qui est parvenue à pénétrer l’enceinte, se répandant dans les couloirs, les bureaux, et même la salle du Congrès, après que les élus un temps assiégés aient été évacués. La situation est progressivement rentrée dans l’ordre à mesure que les émeutiers refluaient du bâtiment et que le dispositif de police en formation les poussait à quitter les lieux. L’émeute aura fait 5 morts - dont une femme par balle et un policier suite à des affrontements - et plusieurs dizaines d’arrestations, dont 55 ont déjà donné lieu à des poursuites. Cet évènement est historique et ses conséquences multiples. Il n’a certes pas perturbé plus que cela la certification du président élu, obtenue plus tard dans la soirée après que l’ordre soit revenu. Mais il a d’abord achevé de diviser le parti républicain entre ceux qui démissionnent où se désolidarisent du président sortant et ceux qui le soutiennent encore, soit parce que leur mandat est jeune et dépend de sa base, ou soit parce que leurs ambitions présidentielles les poussent à s’aligner sur une ligne politique qui a valu à M. Trump, malgré la défaite, un score inédit aux dernières élections. Ensuite, il a fourni au monde, et notamment aux rivaux de Washington, Russie et Chine en tête, les images d’un président encourageant ses participants à réaliser un coup pour empêcher le processus démocratique menant à son remplacement, et de ces derniers marchant sur ce qui est considéré comme le symbole des institutions démocratiques américaines. Les interventions de Donald Trump sur Twitter n’ont pas amélioré sa position, son message de soutien et d’amour aux émeutiers qu’il appelait à se calmer, alors même qu’ils étaient en train de saccager le Capitole, étant assez mal passé. Fait représentatif, la modération des principaux réseaux sociaux, sur lesquels Trump avait pour habitude de se déchainer afin de mobiliser sa base, a décidé de ne plus transiger avec lui. Le jour même, ses comptes Twitter, Facebook et Instagram ont été bloqués temporairement, puis jeudi Facebook annonçait le caractère irréversible de la sanction, suivi le lendemain par Twitter. À dix jours de l’intronisation de Joe Biden, Donald Trump est plus isolé que jamais, lâché même par son fidèle vice président Mike Pence, et devrait céder sa place sans plus de troubles. Mais la trace qu’il laisse sur la démocratie américaine, ainsi que les fruits de ses choix politiques et diplomatiques, ont largement affaibli son pays, en interne et dans le monde.

Deux jours plus tôt, lundi 4 janvier, le Koweit annonçait une nouvelle de poids pour la région. Au terme d’une médiation menée de front par l’état du Golfe et les États-Unis, Bahreïn, les Émirats Arabes Unis ainsi que l’Arabie Saoudite et l’Égypte qui s’était jointe à eux dans un second temps, on mis fin au blocus qu’ils ont imposé au Qatar depuis trois ans et demi, rouvrant les frontières maritimes et terrestres ainsi que les espaces aériens avec l’émirat. Il avait pour origine le refus de Doha de s’aligner sur la politique anti-Iran et Frères Musulmans de ses voisins et entraîné des tensions importantes dans la région, la perspective d’une intervention militaire contre le pays isolé ayant même un temps été envisagée du côté des Émirats Arabes Unis. Mais ce blocus avait une portée limitée puisque les liens de Doha avec l’Iran et la Turquie lui permettaient un débouché perçant l’encerclement terrestre qu’on lui imposait. Les médias par ailleurs avaient été un terrain d’affrontement important entre les rivaux, Al Jazeera, la chaîne Qatari ayant notamment été piratée et espionnée par l’Arabie Saoudite. Mais la situation avait commencé à s’améliorer l’an dernier et aujourd’hui, toutes les parties semblent avoir dilué leurs différents pour mettre fin à leur division. Il se peut que l’arrivée de Joe Biden au pouvoir aux États-Unis ainsi que l’image déplorable acquise par Mohammed ben Salmane en Occident suite notamment à l’assassinat de Jamal Khashoggi ou la guerre au Yémen aient accéléré ce rapprochement, dont les contours restent flous. Cependant, le retour à la normale des relations entre les pays dans la région risque de prendre du temps, notamment car les populations respectives ont développé au fil du temps de véritables antagonismes.

En parallèle, le même jour, l’Iran annonçait reprendre l’enrichissement à 20% de l’uranium dans le site souterrain de Fordo. La République avait été plutôt coopérante ces derniers mois sur le sujet, allant jusqu’à autoriser en août à des experts internationaux la visite de deux installations qui leur étaient jusqu’ici fermées. Mais la situation s’est raidie dernièrement, avec notamment l’assassinat fin novembre de Mohsen Fakhrizadeh, important physicien et figure centrale du programme nucléaire Iranien. Ce raidissement a donné des gages au parti conservateur qui est parvenu à imposer le premier janvier, avec le soutien du guide suprême Ali Khamenei, une loi programmant le retour de l’enrichissement de l’uranium à 20%. Le gouvernement, qui a tenté de ralentir la mise en application de cette loi, a rapidement dû plier. Cette annonce, à la veille d’un changement attendu d’administration à la Maison Blanche, peut s’avérer d’une importance stratégique alors que les sanctions américaines suivant le retrait du pays de l’accord sur le nucléaire Iranien pèsent grandement sur le pays. En effet, cette accélération pourrait permettre d’exercer une pression lors de négociations pouvant réhabiliter ce traité. Car si le pays avait déjà atteint ce niveau d’enrichissement avant l’accord, ce dernier avait limité la quantité d’uranium enrichi à 300 kg, à un seuil d’enrichissement de 3,67%, et réduit le nombre de centrifugeuses dans le pays. Or, le passage de 3 à 20% d’enrichissement est plus long que celui de 20 à 90%, degré nécessaire à la création d’une bombe nucléaire. Et la loi passée dernièrement prévoit notamment de stocker annuellement 120kg de plutonium enrichi à 20%. Les conservateurs y voient un double intérêt : soit cette accélération permet de reprendre l’ascendant dans des négociations futures, soit l’accord sur le nucléaire est condamné, auquel cas le pays aura repris sa production en avance. L’année 2021 risque donc d’être sensible car de l’avenir de cet accord dépend en grande partie l’équilibre de la région

Benjamin Milkoff


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