Le Récap' du 20/12

Vendredi 11 décembre, plus de 300 lycéens de Kantara, ville située au nord-ouest du Nigeria ont été enlevés par des brigands. Cet enlèvement a ensuite été revendiqué au bout de plusieurs jours par le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau. Cette affaire n’était pas sans rappeler l’enlèvement par la même organisation de 270 lycéennes en 2014, qui avait déclenché une émotion mondiale, alors qu’à ce jour 112 filles sont toujours disparues. Mais elle a eu un dénouement plus heureux. Jeudi, les autorités Nigériennes ont annoncé la libération de 344 élèves, après six jour de détention, dans un bois où les ravisseurs les avaient abandonnés. On ignore encore s’ils ont été libérés grâce à une contrepartie, et laquelle, et il semblerait que certains élèves manquent encore à l’appel, mais la crise n’aura duré qu’une semaine. En revanche, plus que la gravité de cet enlèvement, c’est son contexte qui inquiète le plus. Le conflit avec Boko Haram, qui a déjà fait 36 000 morts et plus de 2 millions de déplacés, est en effet historiquement circonscrit au nord-ouest du pays, et particulièrement dans l’état du Borno. Or, la semaine dernière, c’est l’état de Kantsina qui a été touché, bien plus à l’ouest, et état d’origine du président actuel. De plus, il coincide avec la récente allégeance de plusieurs groupes de bandits - qui terrorisent les habitants de la région depuis déjà un certain temps - à Boko Haram. En d’autres termes, cet évènement pourrait être révélateur d’une extension de l’aire d’influence du groupe terroriste à travers l’allégeance de nouveaux groupes militaires. Boko Haram a connu une scission en 2016, une partie prêtant allégeance à l’organisation État Islamique, l’autre suivant Shekau. Depuis, après des affrontements, les deux groupes se sont répartis des territoires distincts autour du lac Tchad et des forêts du nord-est Nigérian. Il se peut donc aussi que cette expansion du groupe de Shekau s’inscrive dans la rivalité entre les deux groupes, Shekau cherchant à réaffirmer sa domination dans la région. Au-delà donc de l’événement qui aura duré une semaine, il se joue peut-être un nouveau développement de la lutte contre Boko Haram, qui dure depuis 2009.

L'établissement où ont été enlevés les lycéens


Il avait défrayé la chronique en début d’année, alors que de nombreux pays adoptaient des mesures restrictives pour lutter contre le covid : le modèle suédois qui consistait à laisser circuler en partie le virus pour ne pas encombrer les hôpitaux, tout en protégeant les populations âgées, s’est avéré avoir échoué. Le roi de Suède, dans une interview qui sera diffusée le 21 décembre a en effet déclaré « j’estime que nous avons échoué ». L’état Suédois se limitait à des recommandations - qui n’incluent même pas le port du masque - et avait autorisé les commerces à rester ouverts. Mais 7000 personnes de plus de 70 ans sont mortes depuis le début de la pandémie et le pays à mis deux fois plus de temps que les pays d’Europe en moyenne à faire baisser le taux de reproduction du covid lors de la première vague. L’état fait donc machine arrière et prévoit une loi pour mars 2021 permettant de fermer les bars, restaurants et commerces, car ce n’est aujourd’hui pas possible. Un autre pays Européen avait plus ou moins suivi ce modèle, pour des raisons financières cette fois : la Suisse. Sous la pression des milieux financiers en effet la Suisse n’a pas fermé ses commerces et pouvait se targuer d’avoir assez peu souffert de la premiere vague de covid. C’est de l’histoire ancienne : la seconde vague a frappé brutalement la fédération helvétique, au point que les cinq plus importants CHU du pays ont envoyé une lettre au gouvernement fédéral le 9 décembre dernier pour faire état de la gravité de la situation et réclamer des mesures plus strictes. C’est notamment la question du confinement qui pourrait s’imposer, mais l’organisation fédérale du pays entraine d’importantes lenteurs dans l’action du gouvernement central, alors que l’autonomie des cantons s’est avérée être une entrave, tant chacun applique des mesures différentes qui brouillent complètement la réponse des autorités face au covid. La Suède donc, comme la Suisse, font face aujourd’hui à l’inadaptation de leur réponse initiale à la pandémie, et sont obligés de l’adapter.

Dimanche dernier, les États-Unis ont révélé qu’un logiciel espion, « sunburst », avait infiltré la plateforme de l’entreprise SolarWind qui équipe 18 000 clients parmi lesquels des institutions Américaines centrales ou de grandes entreprises. Sont notamment touchés les départements du Trésor et du Commerce, mais aussi le Pentagone et les instances qui gèrent les stocks d’armes nucléaires. L’ampleur de l’infiltration, qui a commencé en mars dernier et vient à peine d’être découverte, reste encore à déterminer, car si l’on sait que les hackers ont pu avoir accès à de très nombreux réseaux, il faut désormais déterminer ce qui a pu être espionné et volé. Cette découverte à déclenché une importante panique à Washington, étant donné l’importance des cibles visées, tandis l’ampleur de l’opération et l’historique des précédentes attaques qui ont visé les États-Unis portent les soupçons sur la Russie, et ses cellules de hackers réputées proches du FSB, les renseignements Russes. L’enquête ne fait que commencer, mais une chose est sure, cette infiltration est sans précédent.



Raphaël Glucksmann à la tribune du Parlement Européen prononçant un discours sur le travail forcé des Ouïgours sur le mode "J'accus", le 17 décembre


Cette semaine à aussi vu des révélations sur des atteintes aux droits humains. En Chine d’abord, à travers une enquête commune à d’autres médias publiée par Libération et appuyée sur les travaux du chercheur allemand Adrin Zenz. Ce dernier à en effet démontré sur la base de documents officiels chinois que les minorités musulmanes en Chine - Ouïgours, Kazakhs et Kirghizes - étaient soumises à un système de travail forcé dans le Xinjiang. Ces populations y ont en effet cueilli sous la contrainte 85% du coton produit dans la région, représentant pas moins de 20% de la production mondiale, qui alimente notamment l’industrie du prêt à porter. Mais l’Europe n’est pas en reste sur les abus des droits humains, comme le révèle le livre noir de 1500 pages rédigé par le projet Border Violence Monitoring Network regroupant plusieurs ONG et qui a été présenté au parlement Européens par des députés de la gauche vendredi. Il répertorie 900 cas de refoulements illégaux de migrants aux frontières Européennes depuis 2016, incriminant les polices, les forces armées, et les gardes frontières, qui se sont rendues coupables de comportements violents, humiliants, dégradants, de comportements illégaux consistant notamment à refouler violemment des migrants qui doivent pourtant voir leur dossier étudié avant de pouvoir être refoulés. À ces révélations s’ajoute la tourmente dans laquelle se trouvent l’agence Européennes de gardes côtes et frontières Frontex et son directeur, active en Méditerranée, qui après plusieurs scandales fait l’objet d’une enquête en ce mois de décembre. Rappelons aussi qu’en parallèle est discuté au Parlement Européen un « pacte sur la migration » élaboré par la Commission qui vise à accroître lecontrôle sur les frontières. Enfin, ces derniers jours, de nouvelles vidéos ont émergé sur des boucles Telegram, comme c’est le cas depuis plusieurs semaines, montrant des exactions au Haut Karabakh. Pour l’instant, la majorité des vidéos montre des soldats Azeri, dont un certain nombre apparait à visage découvert, mais les forces Arméniennes sont aussi représentées. On y voit des exécutions extrajudiciaires, des violences sur des prisonniers militaires et civils, mais aussi sur des cadavres. Plus d’une dizaine de vidéos ont déjà été authentifiées par des ONG dont Amnesty International, faisant la lumière sur la haine dont est chargée la lutte entre les deux états Caucasiens. Il n’est pas pour l’instant question de sanctions contre les soldats identifiés ni plus globalement contre un phénomène qui semble avoir été relativement récurrent durant ce conflit. Alors que la pacification de la région n’est pas encore totalement achevée, ces vidéos montrent que le conflit est loin d’être terminé.


Benjamin Milkoff

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