Le Récap' du 24/01

La semaine a été marquée par un évènement attendu de longue date, mercredi, avec l’intronisation de Joe Biden et sa vice présidente Kamala Harris. Une cérémonie boudée par le président sortant qui est parti pour la Floride le matin même, avec sa famille, depuis une base militaire où seuls quelques supporters étaient présents pour le saluer, les républicains préférant soutenir Joe Biden. Au-delà d’une transition de pouvoir prévue depuis près de deux mois et plus mouvementée qu’à l’habitude, la journée de mercredi a été l’occasion pour la nouvelle administration d’entrer directement dans plusieurs dossiers à travers un outil législatif prisé de Donald Trump : les décrets. Joe Biden en a passé 17 pour la seule journée de mercredi, prévoyant notamment de revenir dans l’accord de Paris, mettre fin à la construction d’un mur à la frontière Mexicaine, annuler l’interdiction de territoire aux ressortissant de certains pays musulmans, introduire un objectif de réduction des émissions de méthane du pays, retourner au sein de l’OMS, ou encore rendre le masque obligatoire pendant cent jours dans les bâtiments fédéraux et lors des transports inter-états - ces derniers ayant autorité pour toute autre situation, c’est à eux de décider de prolonger ou non cette politique -. Deux autres projets ont aussi été lancés via ces décrets et attendent d’être débattus au au Congrès dans les prochains jours : un plan de réforme migratoire visant à régulariser en huit ans les 11 millions de clandestins sur le sol américain, et un plan de relance de 1900 milliards de dollars, équivalent à quelques 20% du PIB des États-Unis, et qui fait suite à deux plans précédents adoptés en avril et en décembre dernier de respectivement 2000 et 900 milliards de dollars. Ce plan de relance, qui vise à soutenir l’économie pour la relancer, prévoit notamment de relever le salaire minimum fédéral de 7,25 à 15 dollars, d’allouer 170 millions de dollars au système scolaire en faillite, de prolonger les allocations chômage ou encore de verser un chèque fiscal individuel de 1400 dollars pour soutenir les ménages. Si le Congrès s’est montré jusqu’ici plus que coopératif à l’occasion des premières validations des membres du staff du nouveau président, les républicains sont dors et déjà mitigés quant à ce plan de relance, qui devrait donc occasionner rapidement la première joute parlementaire entre ce nouveau gouvernement et son opposition - la courte majorité dont il dispose au Sénat ne suffisant pas à passer certaines de ces mesures -.

Joe Biden lors de ces premiers instant derrière le "résolute desk", mercredi 20 janvier




Le lendemain, Kaboul était touchée par l’attentat le plus meurtrier que la ville ait connu depuis trois ans. À l’endroit même ou déjà 31 personnes avaient été tuées en 2018, et presque le même jour, deux attentats suicides ont tué 32 personnes et fait au moins une centaine de blessés, sur une place de marché fréquentée. Le double attentat, revendiqué par l’organisation État Islamique, est le dernier en date d’une série d’attaques qui ont déjà endeuillé la capitale ces derniers mois. Leur fréquence fait craindre en Afghanistan un retour au terrorisme aveugle qui ravageait le pays avant la relative accalmie offerte par l’affaiblissement d’EI et le début des négociations avec les talibans. Vendredi, l’administration Biden a fait savoir à Kaboul qu’elle entendait réévaluer son accord avec ces derniers, passé en septembre 2020 et qui avait été le préalable de ces négociations. Il s’agit notamment de vérifier le respect des talibans de leurs engagements. Beaucoup attendaient la position de la nouvelle administration américaine sur ces négociations très problématiques pour l’état Afghan, et il semble que cette dernière ait voulu montrer immédiatement après son intronisation, son intérêt pour ce dossier.

Lundi, les ministres des affaires étrangères de l’Union Européennes se réuniront pour discuter du futur des relations Turco-Européennes, après que leur homologue Turc et son adjoint aient rendu visite les 21 et 22 aux principaux dirigeants de l’UE et de l’Otan. Ces débats se tiennent dans un contexte de relatif apaisement des relations impulsé par Ankara, qui s’est notamment entendu avec la Grèce pour reprendre les pourparlers sur les droits énergétiques et les frontières maritimes avec la Grèce, interrompus en 2016 et qui avaient fait l’objet d’une grave tension l’été dernier quand un navire de prospection Turc avait navigué dans les eaux territoriales Grecques. Si ces pourparlers ont de fortes chances de ne pas aboutir, le simple fait de retourner à la table des négociations montre une volonté d’apaisement, à un moment où les États-Unis viennent de passer sous le mandat d’un président moins conciliant que Donald Trump, et où la question des missiles Russes S-400 achetés par la Turquie, membre de l’OTAN, irrite le Pentagone au point que des sanctions ont été appliquées en fin 2020 à la Turquie. Cette dernière, qui sur le papier est toujours candidate à l’entrée dans l’UE, semble donc vouloir opérer un recentrage stratégique dans un contexte qui a évolué, et après avoir joué la provocation, semble privilégier le dialogue. Mais un dialogue intéressé ; la question de l’accord migratoire avec l’Europe devrait ressortir si un dialogue devait s’ouvrir avec Ankara, un moyen de rappeler que la Turquie possède des moyens de pression sur l’UE. Le début de l’année 2021, avec l’élection de Joe Biden qui chamboule les relations internationales par effet domino, devrait donc aussi être l’occasion d’un réajustement stratégique du côté du Bosphore. À suivre…


À partir d’aujourd’hui, la France exige des personnes entrant sur son territoire, à l’exceptions de ceux qui auraient des raisons essentielles - comme les travailleurs transfrontaliers ou les transporteurs routiers -, de présenter un test COVID effectué dans les 72h maximum. Le jour de l’annonce de cette mesure, la Belgique elle interdisait à ses ressortissants de voyager hors de ses frontières, à l’exception une fois de plus de ceux ayant des raisons dites essentielles, pour tout le mois de février. Ces mesures, prises individuellement, reflètent la préoccupation des 27 vis-à-vis de la reprise épidémique redoutée notamment à cause des variants du COVID, plus contagieux et dont la réaction aux vaccins et la létalité restent inconnus, bien que le premier ministre Anglais Boris Johnson ait annoncé vendredi, études à l’appui, que le variant dit britannique pourrait être 30 à 40% plus létal que la souche originale. Dans ce contexte, la question des vaccinations est au centre de l’attention dans tous les pays, et l’UE s’est plaint cette semaine des retards de livraison du vaccin Pfizer, lié à des difficultés de production. Dans la foulée, la Commission Européenne a demandé aux 27, qui restent souverains sur la question, de viser un nouvel objectif commun de vaccination : d’ici mars, ils devraient vacciner 80% des soignants et des plus de 80 ans, et 70% des adultes d’ici à l’été. Pour ce faire, des arrangements ont déjà été passés avec AstraZaneca - dont la vaccin est moins cher et plus facile à transporter car conservé à entre 2 et 8 degrés - pour livrer un grand nombre de doses dès que l’agence européenne du médicament aura approuvé son vaccin. Cette autorisation est attendue pour le 29 janvier.


Benjamin Milkoff

0 commentaire

Posts récents

Voir tout