Les JO de Paris, coup d’accélérateur pour le transport fluvial

Dernière mise à jour : 1 juin



Le 26 juillet 2024, les Jeux de Paris s’ouvriront par une parade des délégations sportives sur la Seine, longue de six kilomètres et emportant 162 embarcations. Un moyen de mettre en scène la centralité du fleuve dans des Jeux se voulant durables et responsables, véritable aubaine pour le secteur du transport fluvial.


Vue du projet de cérémonie d'ouverture, dévoilée par Paris 2024 le 14 décembre dernier


« Ces jeux auront bien des conséquences positives pour le transport fluvial », affirme Didier Leandri, PDG d’Entreprises fluviales de France (E2F), la fédération professionnelle représentant les opérateurs fluviaux. « À commencer par la visibilité : avec la cérémonie d’ouverture, plus d’un milliard de téléspectateurs associeront Paris à son fleuve et ses bateaux ».


Mais les Jeux ne sont pas qu’une vitrine pour le transport fluvial parisien. C’est aussi un défi à relever, pour l’ensemble des acteurs impliqués, à commencer par le gestionnaire du réseau hexagonal, Voies Navigables de France. Il faudra assurer la logistique du village des athlètes et des évènements, organiser le stockage du matériel sur l’eau et le transport des passagers, réhabiliter les ports fluviaux… Les grandes manœuvres ont déjà commencé, avec l’ouverture du chantier du Village Olympique, en mai 2020. Plus de 125 000 tonnes de déblais ont ainsi été évacués par voie fluviale, soit l’équivalent de… 6 250 camions. « La Seine est un petit fleuve en largeur, et certains projets liés aux Jeux, comme des navettes de passagers rapides, peuvent gêner le transport. Il y a là un sujet de co-activité auquel on est très attentifs », tempère Didier Léandri.


« L’héritage des Jeux », outre la modernisation des infrastructures, c’est aussi le « verdissement » du transport fluvial, qui mobilise aujourd’hui les pouvoirs publics. L’appel à innovations lancé par France Mobilités s’inscrit dans cette démarche : parmi les 21 lauréats récompensés en 2021, 6 ont présenté un projet concernant le transport fluvial avec, au menu, des embarcations à propulsion hydrogène, un moteur inspiré d’une nageoire, un port flottant, ou encore des conteneurs cubiques.


Une aubaine pour les professionnels réunis au sein d’E2F, qui y voient l’opportunité d’accroître leur présence dans le secteur du transport marchand et touristique. « Un volet peut-être moins visible, mais extrêmement important », selon Didier Leandri. Il faudra, selon lui, « réinventer les circuits de la capitale sur la base de l’approvisionnement en bateau », afin de compenser l’afflux de visiteurs et l’engorgement de la capitale. Et si la logistique fluviale urbaine se limite aujourd’hui à deux services, dont la fameuse navette Franprix, une entreprise comme IKEA a prévu sa propre solution pour la fin d’année, et une dizaine d’autres dossiers sont aujourd’hui en gestation. Cela nécessite de réorganiser les chaînes logistiques, une opération coûteuse mais dont Didier Léandri souligne qu’elle permettra de transporter des volumes importants avec un impact carbone limité et une plus grande fluidité. Un avantage de taille pour concurrencer le transport routier, bien moins coûteux du fait de l’absence de rupture de charge, et ce, malgré un budget carburant qui peut s’avérer très pénalisant…


« Si les JO boostent le développement du fluvial », conclut Didier Léandri, « ils ne font qu’accélérer une évolution en cours ». A deux ans de la cérémonie d’ouverture, les promesses semblent à la hauteur de l’évènement. Encore faut-il garder le cap.


Benjamin Milkoff

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