Que se passe-t-il à Jérusalem ?

Dernière mise à jour : 28 févr.



Vendredi, de violents affrontements ont eu lieu sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem, faisant environ 200 blessés, majoritairement palestiniens. Des affrontements qui se sont prolongés hier soir faisant moitié moins de blessés. En Cisjordanie voisine, au moins trois personnes sont mortes cette semaine, dont deux palestiniens ayant ouvert le feu vendredi sur des gardes-frontières israéliens. Focus sur une situation potentiellement explosive dont Jérusalem est l’épicentre depuis plusieurs semaines.

Des palestiniens dispersés par la police vendredi

Ramadan sous tension

La tension est élevée à Jérusalem et en Cisjordanie depuis le début du Ramadan. Des mesures de restriction d’accès à des lieux prisés par les fidèles se sont multipliées, causant progressivement la colère des Palestiniens. L’un de ces lieux, la porte de Damas, particulièrement fréquentée en ce mois sacré, a cristallisé les tensions fin avril. Après que la police ait bloqué son accès, des juifs d’extrême droite ont organisé aux abords de la porte une marche où ils ont notamment scandé « mort aux arabes ». La situation a alors dégénéré, tournant à l’affrontement entre palestiniens et forces de l’ordre tandis que dans les rues alentours, plusieurs échauffourées ont opposé les premiers à des juifs suprémacistes. Ces violences avaient déjà fait plus d’une centaine de blessés. Cette semaine, c’est lors du dernier vendredi du mois de Ramadan, célébré en nombre sur l’esplanade des mosquées, qu’un nouveau pic de violence a été enregistré. Après un important rassemblement religieux, plusieurs milliers de palestiniens se sont attardés sur place pour protester contre la possible éviction de familles palestiniennes aux profits de colons israéliens dans Jérusalem-Est. La situation a alors dégénéré dans le troisième lieu saint de l’islam. Jets de projectiles, tirs de balles en caoutchouc et usage de canons à eau putride contre les palestiniens. Cet ultime épisode, qui s’est prolongé hier, est révélateur les crispations qui accompagnent le mois de Ramadan qui s’achève.


Une affaire de propriété

C’est une procédure judiciaire qui a mis cette semaine le feu aux poudres, à Jérusalem-Est et en Cisjordanie depuis une semaine. À l’origine, une procédure judiciaire qui pourrait entraîner l’éviction de plusieurs familles palestiniennes du quartier de Sheikh Jarrah, dans la partie Est de la ville, territoire palestinien qui au même titre que la Cisjordanie est occupé par Israel depuis la Guerre des Six Jours en 1967. Les maisons occupées par ces familles, construites dans les années 1950 par l’ONU et la Jordanie, sont devenues leur propriété au bout de quelques années de location. Mais Amman ne leur a jamais fourni de véritable acte de propriété. Par ailleurs, ce quartier accueillait au XIXe siècle et jusque 1948 une petite communauté juive. Or le droit israélien prévoit, moyennant preuve que leur famille a vécu dans ce quartier avant 1948, que des individus puissent réclamer la propriété de maisons actuelles, quand bien même elles seraient occupées par des familles palestiniennes. C’est ces leviers que des mouvements de colons actionnent aujourd’hui pour se réapproprier Sheikh Jarrah. Quatre des familles menacées d’éviction ont refusé cette semaine un accord leur permettant de demeurer chez eux moyennant la reconnaissance que leurs foyers sont la propriété d’une association de colons, matérialisée par l’acquittement d’un loyer symbolique. C’est la Cour Suprême israélienne qui doit statuer sur ce cas lors d’une audience demain, en autorisant une procédure en appel ou en ordonnant l’expulsion des familles. Cette affaire, devenue pour les palestiniens un nouveau symbole des persécutions d’Israël, a entrainé de nombreuses manifestations dans le quartier depuis une semaine, faisant monter la tension jusqu’aux évènements de vendredi.

L’extrême droite israélienne sur le devant de la scène

Une tension a laquelle a participé une nouvelle fois l’extrême droite juive, en la personne d’Itamar Ben-Gvir. Cet avocat est le chef de file du parti suprémaciste juif Otzma Yehudit, à l’origine de la marche de la porte de Damas, et qui vient d’effectuer une percée à la Knesset (l’assemblée israélienne) en gagnant 6 sièges sur 120 lors des élections législatives fin mars. La veille des évènements de l’esplanade des mosquées, il s’est rendu à Sheikh Jarrah pour déjeuner en pleine rue, sous la protection de la police. Une nouvelle provocation qui n’a pas manqué de provoquer des heurts avec la police jusque tard dans la nuit. Si ces provocations de l’extrême droite se multiplient, soufflant sur les braises allumées tantôt par les autorités, tantôt par les colons, c’est que cette dernière a acquis ces dernier mois un poids nouveau en Israël. Le premier ministre Benyamin Nétanyahou s’est en effet en partie appuyé sur elle pour tenter de l’emporter lors des dernières élections législatives, les quatrièmes en deux ans, dont aucune n’a permis de former un gouvernement durable. Une stratégie payante, puisque le premier ministre remporté ce scrutin. Il a cependant dû renoncer cette semaine à former un gouvernement, incapable de surmonter les divisions. Cette alliance avec l’extrême droite n’en a pas moins permis à Gvir de gagner un poids croissant, et de jouer les trouble-fêtes durant le Ramadan. Bien que minoritaire, son parti semble être devenu un acteur important dans la société israélienne, en témoignent ses récentes mobilisations à Jérusalem.


Une situation explosive

Aujourd’hui, nombre de Palestiniens de Jérusalem et de Cisjordanie, mais aussi le Hamas à Gaza, sont suspendus à la décision de la Cour Suprême. Ce week-end, des roquettes et des ballons incendiaires ont été tirés depuis Gaza, entrainant la destruction en représailles d’une position du Hamas dans l’enclave palestinienne. La situation pourrait à nouveau devenir explosive en Israel, d’autant que le président palestinien Mahmoud Abbas a invoqué les tensions à Jérusalem-Est pour annoncer fin avril le report des élections législatives qui devaient se tenir le 22 mai pour préparer sa succession. Ce cocktail pourrait dans les prochains jours à nouveau embraser une relation qui depuis plusieurs semaines ne cesse de se dégrader.





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