Le Récap' du 3/11

Dernière mise à jour : 10 déc. 2020

Comme on pouvait s’y attendre, l’élection américaine a monopolisé l’attention cette semaine. Si le scrutin s’est achevé dans la nuit de mardi à mercredi, il a fallu attendre samedi après-midi pour que le suspens prenne fin. Les premiers résultats étaient plutôt favorables au président sortant, mais le long comptage -encore en cours- des votes par correspondance n’a cessé d’augmenter l’avance de son adversaire Joe Biden, dont la victoire n’est donc pas une surprise. La suite des évènements reste quelque peu floue dans une Amérique plus que jamais divisée, recomposée, et alors que l’investiture du « president-elect » n’aura lieu que dans deux mois. Un des grands enseignements de cette élection est la forte hausse du niveau de participation, alors que le système américain est parfois considéré comme archaïque. C’est une preuve de la politisation croissante des citoyens américains.



Mais l’actualité de la semaine ne se résume évidemment pas à cet évènement. En parallèle, le conflit au Haut-Karabakh entrait dans une phase critique. En début de semaine, l’armée Azerbaïdjanaise perçait en effet les lignes arméniennes pour commencer à encercler par le sud Stepanakert, la capitale de l’état séparatiste. Le 4 novembre, les Arméniens décidaient pour la première fois du conflit de fermer l’axe routier reliant par l’ouest l’Arménie et central à l’approvisionnement ainsi qu’au soutien médical d’Erevan. Ne reste depuis qu’une route au nord reliant l’Arménie, mais qui n’est pas sûre et régulièrement bombardée. L’avancée Azerbaïdjanaise a depuis repris, bien que ralentie par les bois et les montagnes, jusqu’à atteindre la ville de Chouchi, d’une importance symbolique et stratégique incomparables. En effet cette ville montagnarde, qui domine la vallée de Stepanakert, était multiculturelle avant la sécession du Haut-Karabakh et un des objectifs de l’Azerbaïdjan est de la repeupler. Certains la considèrent même comme la « Jérusalem du Karabakh ». Vendredi soir, des combats de rue étaient rapportés dans la ville, probablement à la faveur de Bakou. La question désormais de la fin du conflit se pose, car l’Azerbaïdjan semble ne pas chercher l’anéantissement des Arméniens, qui serait très défavorable au plan diplomatique. On peut donc envisager des négociations ou une reddition prochaines qui entérineraient la victoire de Bakou, permise par la modernité de son armement fourni notamment par l’allier Turque. Cependant, les Arméniens continuent de se défendre âprement, rendant l’issue de cette guerre encore incertaine.

Plus près de nous, la Commission Européenne s’est accordée jeudi 5 novembre pour conditionner les aides du Plan de relance de 750 milliards d’euros destiné à compenser les pertes dues à la pandémie, au respect de l’état de droit. Si cette mesure doit encore être sanctionnée par le Conseil Européen sous 3 mois, elle est déjà considérée comme une victoire par beaucoup d’états européens. La Hongrie et la Pologne, entre autres, sont en effet souvent pointées du doigt pour leurs nombreuses dérives autoritaires. Or l’Europe malgré ses sanctions s’est avérée impuissante à lutter contre la corruption et la dégradation de l’état de droit dans ces pays. Pour la première fois cependant, elle pourrait retenir ses financements pour peser réellement dans la balance. Les deux pays ont dores et déjà menacé de bloquer cette initiative, dénonçant un « chantage » selon les mots de Judit Varga, ministre de la justice Hongroise. Si le Conseil Européen valide ce plan de relance, les fonds alloués à théoriquement pourront être retenus à condition qu’au moins 15 pays représentant au moins 65% de la population de l’UE y soient favorables.

Dans un autre registre, un conflit d’importance risque fort d’éclater en Éthiopie. L’État régional du Tigré, situé à la frontière de l’Érythrée qui a déjà fait sécession en 1993 de l’état le plus peuplé d’Afrique (110 millions d’habitants), a en effet annoncé fin octobre ne plus reconnaitre l’état central après avoir tenu des élections législatives le 9 septembre. Depuis fin octobre, les provocations se multipliaient, et le 3 novembre, date choisie pour la diversion que fournissait les élections américaine, les premiers heurts ont éclaté entre les forces militaires des deux états. L’Éthiopie, qui est traversée par de nombreux conflits internes, pourrait risquer de voir éclater une véritable guerre civile à l’issue de cette escalade.


Benjamin Milkoff

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