Venezuela, une crise sans fin ?

Le Venezuela va mal, ce n’est pas nouveau. Depuis 2013, ce pays pétrolier est entré dans une crise multiforme qui encore aujourd’hui le paralyse. Il a plongé dans une grave récession, l’inflation à atteint des sommets, et la répression par le président Nicolas Maduro de toute opposition politique a achevé de semer le chaos. C’est dans ce contexte pourtant que l’année 2019 s’était ouverte sur une grande victoire de l’opposition. Juan Gaido, tout juste nommé par ses collègues députés président de l’Assemblée Nationale - une institution gagnée à l’opposition lors d’élections législatives en 2015 -, s’autoproclamait le 23 janvier président par intérim du Venezuela, des suites d’une longue contestation populaire causée par la gravité des pénuries et des difficultés économiques du pays, auxquelles s’ajoutait la réélection du président Maduro le 20 mai précédent lors d’un scrutin contesté. Gaido, incité par ses collègues à enclencher et superviser une transition politique, était rapidement reconnu par la communauté internationale, et notamment par les États-Unis - qui devaient dans la foulée appliquer des sanctions économiques au pays pour faire pression sur son président - et l’Union Européenne. Si Maduro était encore au pouvoir, une brèche semblait désormais ouverte que l’opposition s’était empressée d’occuper, sous les encouragements de nombreux pays.

Pourtant, moins de deux ans plus tard, les échos de cet évènement semblent disparus, perdus dans le fracas des vagues de l’Atlantique. Des vagues qui ont coûté la vie à 19 Vénézuéliens, dont la noyade à été rendue publique le 12 décembre dernier, alors qu’ils tentaient de rejoindre Trinité et Tobago par bateau pour fuir le pays. Six jours plus tôt, le président maduro et ses alliés remportaient 90% des sièges de l’Assemblée nationale, bastion de l’opposition, dans un scrutin boycotté par une partie de cette dernière, Juan Gaido en tête, et marqué par une participation particulièrement faible - 31% seulement, contre 71% lors des précédentes législatives -. Le 5 janvier donc, monsieur Gaido perdra son siège de président de l’Assemblée. A bien des égards, ces évènements sont révélateurs de l’aggravation de la crise Vénézuélienne.


Nicolas Maduro votant le 6 décembre


Avant tout, la situation économique n’a cessé d’empirer. Les sanction Étasuniennes et la chute des prix du pétrole cette année ont contribué à détériorer la situation du pays et désormais, 30% des enfants de moins de 5 ans y souffrent de dénutrition - pathologie due à une insuffisance des apports nutritionnels du malade au regard de ses besoins - tandis que la valeur de son PIB à chuté de 75% par rapport à 2013. A cela s’est ajouté la pandémie du Covid-19 qui d’une part a encore précarisé la vie des plus vulnérables, et d’autre part a désorganisé et paralysé une partie de l’économie nationale. Cette crise sanitaire n’est d’ailleurs probablement pas anodine dans la faible participation aux récentes législatives, compte tenu du risque que représente potentiellement le déplacement aux bureaux de vote.


Mais la victoire de Maduro consacre surtout l’échec de l’opposition. D’abord marginalisée par la création à l’été 2017 d’une Assemblée Nationale Constituante dominée par les Maduristes et qui a hérité de la majorité des pouvoirs de l’Assemblée nationale, réduisant de fait son poids politique, l’opposition s’est aussi divisée, et la figure qui l’incarnait jusqu’ici, Juan Gaido, est désormais loin de faire l’unanimité. Malgré l’appel au boycott qu’il a lancé avec ses alliés, une partie de l’opposition a bien participé aux élection, sans grand succès. Et s’il a tenté au lendemain des résultats, de réaffirmer sa légitimité en tant que président par intérim et représentant de la légalité à travers une « consultation populaire » en ligne aux allures de plébiscite, la réponse qui lui a été opposée est assez peu encourageante : 6,4 millions de personnes seulement auraient participé, sur les 28 millions que compte le pays.


Derrière ces deux appels au vote populaire et la faible affluence qu’ils ont soulevé se dessine la tendance de fond de cette crise. Les Vénézuéliens, qui par leur détermination à combattre le régime malgré sa violence avaient permis à l’opposition de s’affirmer il y a deux ans, semblent avoir déserté la scène politique. Accablés par les difficultés économiques et sanitaires, impuissants face à la reprise en main progressive du pouvoir par Maduro, spectateurs du délitement progressif d’une opposition désormais minée par les rivalités, le désenchantement semble les avoir gagnés, et il ont préféré se détourner de ces scrutins auxquelles il n’ont pas cru. Cette lassitude s’exprime dans une autre tendance : environ 5 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays ces dernières années, rejoignant les pays voisins - non sans tensions avec les populations locales - ou parfois l’Europe, particulièrement en Espagne. C’est dans ce cadre que sont morts les 19 migrants noyés au large de Trinité et Tobago, livrés à eux même au milieu de la mer, cherchant un asile salutaire à seulement 15 km du continent.

Quel bilan donc, deux ans après les évènements qui avaient fait parler du Vénézuela à travers le monde et ponctuaient des mois de contestation ? Nicolas Maduro a progressivement repris la main sur le pouvoir, tandis que le pays s’est enfoncé toujours plus avant dans la crise économique et sociale. La seule force politique qui avait émergé et pouvait incarner les demandes des contestataires est de plus en plus marginalisée et ses tribulations n’intéressent guère plus un peuple concentré sur sa survie. Si janvier 2021 marquera la chute des partis d’opposition deux ans après leur avènement, une chose semble inaltérable, et ce depuis des années ; la lente déperdition du Venezuela.


Benjamin Milkoff

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